Sans le Nova Bruxelles ne serait pas vraiment Bruxelles ; pour ceux qui aiment le cinéma mais aussi les concerts, les rencontres, la fête, les bonnes bouffes. Le Nova, c’est tellement mythique.

Bruxelles sans le Nova ça n’existe tout simplement pas pour moi, je suis arrivée à Bruxelles en 1997 en entrant à L’Insas et les projections commençaient juste dans ce lieu à nul autre pareil. En suivant les plus audacieux d’entre nous, on allait découvrir un cinéma moins formaté que celui qu’on nous enseignait à l’école.

A côté du Musée du cinéma qui berçait notre ingénuité de somptueux classiques, il y avait cet endroit ou un cinéma plus contemporain venait déranger nos codes, nous sauter au visage, nous saisir plus violemment. Un cinéma fait d’expérience pure, un endroit où la musique, la fête et le cinéma n’étaient pas séparés. J’avais 17 ans et le moins que je puisse dire c’est que je ne comprenais pas toujours ce qui se tramait là dans cet univers pour moi souvent incongru mais toujours fascinant. Je ne sais pas trop ce que j’en ai retenu sur le plan de la cinéphilie, mais j’y ai incontestablement appris à faire la fête. Je me souviens – bien que inévitablement, justement, j’en ai oublié une bonne partie – de soirées folles en bas, au bar, quand nous laissions passer l’heure de la séance à force de parler – en buvant du péquet, cet alcool de genièvre terriblement traître. Lancés à pleine vitesse à parler politique autant que cinéma, tandis que les heures filaient invisibles… Hélas, je n’étais pas toujours capable de rentrer chez moi toute seule.

Plus tard, me reviennent ces films que je n’aurais jamais découvert autrement, les films de Jonas Mekas ou Bouge pas, meurs et ressuscite de Vitali Kanevski et puis des années de débats passionnés, où dans la complicité de la salle glaciale, des sièges inconfortables, des paroles vraies sont nées, se sont frottées, confrontées les unes aux autres.

Je n’habite plus Bruxelles depuis longtemps. Mais il y a deux ans, j’ai eu le grand plaisir de revenir au Nova pour présenter à mon tour un film, les Herbes folles, dans le cadre d’un cycle sur la naissance. J’étais accompagnée de mes enfants de 5, 7 et 9 ans. Le débat se prolongeait, une soirée magnifique, je les ai laissés au bar sous la surveillance d’un ami. Heureusement ils n’ont pas découvert le péquet… Mais les joies des jeux d’arcades, grâce aux deux vieilles machines qui trônent à côté du bar. Maintenant, quand je leur parle d’aller à Bruxelles, ils me demandent d’abord : «  Est-ce qu’on ira au Nova ? »

Que dire de plus ? Le Nova, c’est pleinement addictif. Faille habitable dans le monde qui rend le monde vivable, que cela continue, encore longtemps !

— Dounia Bovet-Woltèche, cinéaste
Facebook
Instagram
Mastodon
To top